Le café, un produit de luxe dans peu de temps ?

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Photo : Tutti Coffee

Le café, cette boisson chère aux cœurs de millions de personnes à travers le monde, pourrait bien devenir un produit de luxe dans un futur proche. Les facteurs de cette transformation sont nombreux et s’entremêlent dans une complexe toile d’impacts environnementaux et économiques.

Le changement climatique, une menace pour les cultures de café

Le premier facteur impactant le prix du café pour le consommateur est le changement climatique. Celui-ci représente la plus grande menace pour la production de café. Les variations de température, les changements brutaux entre les phases de précipitations et les périodes de sécheresse, l’augmentation des maladies et des parasites liés au climat mettent en péril les cultures de café, notamment l’Arabica et le Robusta qui nécessitent des conditions très spécifiques pour prospérer (pour rappel, l’Arabica et le Robusta représente 98 pourcents de la production mondiale). La succession de mauvaises récoltes de ces dernières années, par exemple en Amérique du sud, joue fatalement sur le cours du café en bourse.

La diminution des rendements et la perte de terres cultivables exacerbent le problème (Actuellement, on estime que la production de café mondiale se réalise sur plus de 10 millions d’hectares, le Brésil restant le premier producteur au monde). La dégradation des sols, l’érosion, et la conversion des terres agricoles en zones urbaines ou industrielles réduisent l’espace disponible pour la culture du café, à un point tel qu’il faut s’attendre à perdre la moitié des espaces de culture du café d’ici la première moitié du 21ème siècle. Ces facteurs, combinés aux impacts du changement climatique, posent un défi majeur à la durabilité de la production dans ce que l’on appelle la “ceinture du café” (c’est-à-dire les pays producteurs principalement regroupés autour de l’équateur). 

Globalement ce sont les niveaux de production qui sont à la baisse alors qu’au contraire, la demande de café ne cesse d’augmenter (voir plus bas).

Des solutions onéreuses et contraignantes pour contrer la perte de production

Selon l’Organisation Internationale du Café (OIC), la production pourrait chuter de manière significative dans les prochaines décennies si des mesures adaptatives ne sont pas mises en place. En effet, des études prévoient une réduction potentielle des terres cultivables pour le café de 50% d’ici 2050 en raison du changement climatique. 

Pour contrer ces défis, l’industrie du café explore diverses solutions : 

  • Les nouvelles techniques de production, comme l’agroforesterie, qui intègre les cultures de café dans des systèmes forestiers, offrent une voie vers une production plus durable et résiliente ;
  • Autre technique, l’utilisation de nouvelles variétés existantes à l’état naturel, mais qui n’ont toujours pas été utilisées en agriculture. Le Robusta et l’Arabica sont les deux espèces les plus largement exploitées dans le monde, alors qu’il en existe plus de 130 autres ; 
  • Il reste aussi la possibilité de déplacer les zones de production de café (en sacrifiant d’autres cultures), mais cela pose un problème de taille : planter un hectare de café réclame de débourser pas moins de 5000 euros. Cette solution pèse considérablement sur les comptes en banque des petits agriculteurs (ces derniers représentent plus des trois quarts de la production mondiale de café), sans compter les délais de relance de la production qui sont longs ;
  • De même, la recherche génétique joue un rôle clé dans le développement de variétés hybrides de café plus résistantes aux maladies et mieux adaptées aux nouveaux défis climatiques. Ces avancées pourraient jouer un rôle crucial dans la stabilisation des rendements et la réduction des coûts de production à long terme. Mais en attendant ce résultat, il faut bien que les laboratoires passent par la case investissement, et dans le monde il y encore trop peu de personnes qui travaillent sur ce sujet.

La chute des importations et l’augmentation de la demande

Alors que les importations de café font face à des obstacles croissants, la demande mondiale pour cette boisson continue d’augmenter. Les prévisions de l’OIC indiquent une hausse constante de la consommation de café, tirée par les pays émergents et les changements dans les habitudes de consommation des pays développés (une multiplication par deux au moins de cette demande est attendue d’ici la moitié du 21ème siècle) .

Cette divergence entre offre et demande met une pression supplémentaire sur les prix du café, les poussant à la hausse.

Le prix du café et les crises mondiales

Le café est historiquement un marché instable et hautement spéculatif, il est encore plus avec le changement climatique. Si des crises majeures s’ajoutent comme celle de la Covid et du ralentissement du commerce mondial, il n’est pas étonnant de constater une hausse sans précédent de son cours sur les marchés financiers.

Quelques points à souligner ici expliquant le prix du café depuis 2020: 

  • La Covid et le manque de main d’oeuvre suite aux restrictions sanitaires ;
  • Les niveaux de stocks de l’Arabica et du Robusta, très faibles à la fin 2023, début 2024 ;
  • L’influence de la guerre en Ukraine aggravant le prix de l’énergie et des carburants ;
  • La flambée de l’inflation, surtout en Europe. 

Par exemple, le début de l’année 2023 a vu une progression du prix du café de près de 15 pourcents. Cela concerne l’intégralité des types de consommations du café, dosette, grain, ou en filtre, du café en rayon de magasin comme celui proposé par les bars et restaurants.

Pour contrer cette hausse, certains grands industriels du secteur choisissent de sacrifier leur marge plutôt que de pénaliser les consommateurs. Mais cette stratégie peut-elle vraiment durer dans le temps face aux menaces écologiques et économiques frappant cette culture ? Rendez-vous en 2050 pour faire un premier bilan des efforts consentis par les acteurs du marché.

Opportunités :

Risques : 

En résumé

La perspective de voir le café devenir un produit de luxe dans un futur proche soulève à la fois des inquiétudes et des opportunités significatives. D’un côté, les défis posés par le changement climatique, les mauvaises récoltes, la diminution des rendements, la perte de terres cultivables, et l’instabilité du marché menacent la pérennité de la production de café, mettant en jeu la survie de ce produit essentiel pour des millions de consommateurs et de producteurs à travers le monde. D’un autre côté, ces mêmes défis incitent à l’innovation et à l’adoption de nouvelles techniques agricoles plus durables, à la recherche génétique pour développer des variétés de café plus résilientes, et à repenser les modèles de production et de distribution du café.

La transformation potentielle du café en produit de luxe n’est pas seulement une question de prix, mais aussi un appel urgent à repenser la manière dont nous cultivons, consommons, et valorisons cette ressource. L’augmentation de la demande mondiale, couplée à une offre de plus en plus restreinte, offre une occasion unique de redéfinir l’industrie du café vers une voie plus durable et équitable. Ce pivot nécessite des investissements significatifs, tant en termes de recherche et développement que de soutien aux petits agriculteurs qui représentent une part considérable de la production mondiale.

En conclusion, l’avenir du café, entre risques et opportunités, dépendra de notre capacité à innover, à s’adapter aux nouvelles réalités climatiques et économiques, et à mettre en œuvre des solutions qui bénéficient à tous les maillons de la chaîne de valeur du café, de la plantation à la tasse. Il est impératif que les acteurs de l’industrie, les gouvernements, les organisations internationales, et les consommateurs collaborent étroitement pour assurer que le café reste accessible et durable pour les générations futures. En naviguant avec prudence et créativité à travers ces défis, nous pouvons espérer maintenir le café comme une source de plaisir et de revenu pour des millions de personnes dans le monde, plutôt que de le voir devenir un privilège pour quelques-uns.

Alexandra Leoni
 
Alexandra est une passionnée de café et une experte autodidacte en matière de torréfaction, d’infusion et de dégustation. Elle a grandi entourée des arômes enivrants du café. Son amour pour cette boisson l’a conduite à explorer les nuances infinies des grains de café du monde entier. Elle aime partager ses découvertes avec les autres amateurs de café. Avec Alexandra, chaque tasse de café est une aventure, et elle est ravie de vous emmener dans ce voyage de découvertes.

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